Chronique d'une violence probablement ordinaire
« La violence d'un père homophobe
Mon coming-out c'est à peu près bien passé. Aucun de mes amis ne s'est moqué, ne m'a rejeté ou insulté. Bien au contraire. Parfois même, cela nous a rapproché. Mes amies trouvent normal que j'aime les hommes puisque c'est leur cas aussi. Ensuite, il y est le plus gros morceau : la famille. Là, ça a été différent. J'ai commencé par l'avouer à ma marraine, parce qu'elle aussi est homosexuelle et que je savais que je pouvais lui faire confiance. J'ai quand même attendu deux ans avant de lui dire, mais le jour où je lui ai avoué, elle en été presque ravie. Elle s'en doutait depuis longtemps, parce que j'ai, paraît-il, un côté féminin (dont je n'ai pas honte) Puis, il y a eu ma mère. Je lui ai annoncé que j'étais attiré par les garçons depuis déjà deux ans. Ce ne l'a pas choqué plus que ça, on en a discuté ensemble. Elle m'a demandé comment je m'en étais aperçu, si j'avais déjà couché avec une fille, bref, toutes les questions que peut poser une maman inquiète. Deux mois ont passé, pendant lesquelles je ne suis pas sorti avec une fille. Mon père s'est posé énormément de questions. Il m’a espionné, il a écouté mes appels téléphoniques... Et, un soir, il est entré dans ma chambre et m'a surpris en train de discuter avec un mec que je connaissais par Internet. Il m'a demandé si j'étais homosexuel. Je lui ai répondu : « Non, je suis bi. » Et, là, tout a déraillé. Mon père a commencé à me frapper et à m'insulter. Je me suis laissé faire, comme un chien qui n'obéit pas aux ordres de son maître. Une fois qu'il s'est arrêté, j'ai essayé d'appeler ma marraine, puis ma mère, en vain. Une fois ma mère rentrée à la maison, j'ai pris mes affaires et je suis parti chez mes grands-parents (qui étaient au courant). Je suis resté chez eux deux semaines. Mon père a fini par me faire des excuses. Je ne les ai pas acceptées dans un premier temps, puis j'ai réfléchi et je lui ai dit que je lui en voudrais toujours mais que j'étais prêt à vivre de nouveau sous le même toit qu'un homophobe. Désormais, à la maison, c'est très froid entre nous, tout juste « bonjour » et « au revoir ». Mais ça me va très bien. Il va me falloir du temps pour oublier tout ce qu'il a pu le dire dans les yeux.
Jérôme, 20 ans, Lagouss@aol.com »
Étant dans une grande période d'intolérance à l'homophobie, je me fais l'écho d'une lettre parue dans le numéro 108 de ce merveilleux magazine qu’est Têtu. La rubrique 15 20 ans et + permet à des jeunes de partager leurs expériences quant à leur homosexualité. Et c'est hallucinant...
Je ne suis dit que même s'il m'arrivait la même chose, je ne pourrais même pas aller chez mes grands-parents : ils ne le savent pas, et ne l'accepteraient pas, enfin, je pense... Enfin, tout ça pour dire, que des pères comme le mien, et il y en a apparemment des tas…
Mais cela ne doit pas nous empêcher de rester positif, et de ne pas oublier la maxime du jour qui est : abonnez-vous à Têtu... À condition d'en avoir la place, ces volumineux magazines, prennent vite une importante place dans un studio... D'autant plus quand il faut qu'ils y restent absolument cachés...