One day I'll fly away
One day I'll fly away Samedi 8, le matin, couché aux environs de 22:00 la veille. Réveil dans le même état déplorable que d’habitude. Je profite de cette matinée pour passer déposer des chèques à ma banque, avec la ferme intention d’y voir Jérôme. Jérôme… Hum. Quel joli guichetier. Il est si affable Jérôme. Et puis il a un petit œil pétillant, et aussi une jolie coupe tendance avec des pics et des décolorations, et sa chemise est ornée d’une jolie cravate au nœud lâche et mode. Il me donne du ‘’Bonjour Monsieur Kenny’’ / ‘’Vous allez bien Monsieur Kenny ?’’ / ‘’C’est moi qui vous remercie Monsieur Kenny, passez une très bonne journée’’ etc. etc. etc. Je sonne, la gâche électrique stridule et je tire la porte : Ô rage, ô déception, ô vieillesse ennemie (non, je m’égare) c’est pas Jérôme. Bon, c’est un mec déjà, et pas cette petite poufiasse de brune (non mais elle est mignonne sinon) c’est juste qu’elle a pas compris que quand c’est ma mère qui porte mes chèques elle n’a pas à lui indiquer sur le reçu l’approvisionnement de mon compte. Bon bref. Ce n’est pas Jérôme, c’est un autre. Mais il est encore plus mignon. A croire qu’au Crédit Mutuel ils les recrutent au physique leurs guichetiers. Il est blond (Jérôme aussi est blond) et tout timide. A moins que ce ne soit de la gène, on voit que malgré ses efforts capillaires, il commence à perdre ses cheveux pitchoune. Il a une petite voix maniérée. Il me rappelle Frédéric. Un camarade de collège qui voulait être steward. Qu’est ce qu’il était mignon Frédéric : un nageur de compétition. Bref, je m’égare encore : le guichetier. Merde j’ai oublié son prénom, il s’est pourtant présenté au téléphone quand il a décroché au moment où j’entrais. Enfin il est super mignon et super gentil et je serais super célibataire et lui super PD (et j’avoue que ces deux conditions ne sont pas réalisées, en tout cas au moins une des deux, pour l’autre je sais pas, mon gaydar était en panne, je l’ai tout usé à trainasser avec Eddy) je serais pas contre un petit RDV avec un mec aussi attachant au look de carde sup’ branché. (Merde, c’est quoi son prénom déjà, ça commence par un D) Pourquoi j’ai pas fait sciences eco, si ils sont tous comme eux !
Je rentre et après ces quelques seconde de sérénité dans une banque déserte, climatisée, avec un charmant jeune homme qui me souriait (ça change de la maison) le retour à la réalité est cruel. Bon à la maison je choppe mes parents qui partent en courses : j’ai besoin de quelques emplettes pour partir à Strasbourg, vivement, enfin des vacances, loin de ce bordel neversois.
Leave all this to yesterday
Toujours samedi 8, l’après midi. Ma mère est partie se pieuter. Moi je regarde Sahara : quelle grosse merde ce film. C’est d’un plat. Si bien que j’ai passé plus de temps à gamberger, à lire les magazines – Voici / TéléStar / BonWeek / Femme Actuelle – Oui, désolé, chez moi on le lit ni Têtu, ni les Inrocks (si je vois un magazine de cet acabit je fais un autodafé au milieu de la salle à manger) ni même Télérama ou l’Huma.
On est le samedi 8 au soir et je tiens toujours une forme olympique : 20h30 au lit, avec un bouquin au style lourdingue dans lequel il ne se passe rien – Sanctuaire Maudit de Frances Fyfield : à ne pas acheter – après m’être pris une douche. En plus c’est ma mamie qui me l’a payé. Il me faisait envie ce livre, et du coup, il est pas du tout à la hauteur de mes espérances. Un livre à ne surtout pas lire dans le train : peut causer de fortes somnolences (Me rappeler de ne pas l’emmener à Strasbourg) En plus je me rends compte que pas mal des poils, cassés et non arrachés lors de mon épilation du torse réapparaissent. Ben tant pis, vive la pince à épiler, même si ça me contrarie un peu. Et pour continuer sur la lignée Vénus & Appolon, je remarque que mes ongles sont jaunis. C’est quoi cette lubie corporelle encore… Quand ça va mal ça va mal.
What more could your love do for me?
Dimanche 9 : réveillé grâce au mixer de ma mère ; les portes des placards de la cuisine claquent. Quelle idée j’ai eu d’enlever mes boules Quies à 6:00. C’est tellement plus agréable d’avoir mal aux oreilles que d’être réveillé par une tierce personne quand on est fatigué à ne plus pouvoir s’en remettre. Et puis quand même c’est agréable les boules Quies, on est bercé par sa respiration, tout est floue autour. Ainsi ma mère qui ronfle se transforme en un lointain chuintement. Avec un petit peu d’imagination on pourrait y entendre un quelconque clapotis. Les pas lourds de mes parents sur mon parquet se transforment aux craquements du pont d’un bateau. Je me demande si, endormi, j’entendrais distinctement l’aspirateur. Et puis merde, quand c’est pas le bruit c’est ma chienne qui rapplique, me monte sur le torse, le lèche l’oreille et repars : oui c’est bien, t’es mignonne... Dégage maintenant, laisse ton grand frère tranquille. Maintenant que je suis bien réveillé, si tôt, se pose la question de savoir quoi faire : déjà mettre un casque et écouter quelques morceaux de la BO de Moulin Rouge. Bien sûr c’est quand on cherche un CD qu’on ne le trouve pas : je veux mon One day I’ll fly away. Je me lève. Et je zone dans la maison. Ma mère m’a tout préparé pour que je puisse faire un taboulé. Comme si à 20 ans je n’étais pas capable de trouver ce dont j’ai besoin. Ben bien fait pour elle, j’ai décidé que ce matin je ne ferais rien, je le ferais en début d’après midi mon taboulé. Et elle est bien emmerdée parce que c’est une recette transmise oralement de grand-mère à petit-fils depuis… Heu… Une génération. Et du coup elle ne peut pas le faire elle-même. Ben ouais, c’est qu’un taboulé recette grand-mère de Kenny, il faut le goûter pour savoir comment c’est bon !
When will love be through with me?
Toujours le 9, l’après-midi. Je prépare mon taboulé. En faisant bien attention de ne pas faire tomber un brin de persil ou un grain de semoule : crise assurée. Eh puis merde, après tout c’est moi qui passe l’aspirateur. Kenny qui cuisine son magistral taboulé recette Grand-Maman c’est du grand art : il a besoin de son album de Franz Ferdinand… Manque de pot, mon album est resté à Clermont et je ne retrouve pas sa copie légale. Ce sera Tété. C’est pas que ce soit mal. Mais il manque ce petit côté Rock n roll nécessaire à un jetez de semoule harmonieux, à un épépinage endiablé, à un dosage de l’huile d’olive et du jus de citron intuitif mais jsute… Du coup je ne sais pas si cette recette que tout le monde envie à Kenny sera une réussie. Tant pis.
Ensuite on part chez mes grands-parents, mon père et moi. Comme j’ai repéré un petit appareil électroménager pas cher, ma grand-mère me fait un petit chèque de compensation quand j’irais l’acheter… En plus de faire un super taboulé elle est aussi super généreuse ma mamie et j’ai au moins autant, sinon plus d’affection pour elle que pour ma mère, parce que c’est un peu elle qui m’a élevé, ma mère s’est contenté de m’éduquer, et mon père d’assurer le minimum…
Why live life from dream to dream?
Le 9, 18:15, mon ancienne nourrice est à la maison, avec son mari. Depuis que je suis totalement autonome, c'est-à-dire, depuis que je suis entré au CP/CE1 peut être pour ce qui est de passer la nuit seul, je l’adore. Avant, le simple fait de traverser la rue pour aller chez elle me faisait vomir. Ce n’était pas sa vocation d’élever des gamins. Je la haïssais, parce qu’elle me forçait à prendre un petit-déjeuner le matin. Moi qui avait l’habitude de manger un petit-suisse et un jus d’orange, je devais engloutir deux tartines de beurre (ça doit faire un an que j’apprécie vraiment le goût du beurre sur du pain) un chocolat dont le lait était plein de peaux (je n’ai jamais bu de lait chaud, je n’ai jamais rien aimé d’autre que du thé, depuis mon plus jeune âge) etc. Je me souviens aussi qu’elle m’avait forcé à manger des tripes à la sauce tomates : après il y en a qui s’étonnent que je n’apprécient pas trop la viande rouge, mais ça y est, psychologie de Prisu (enfin Monop’) j’associe le sang de la viande rouge à la couleur des tripes que l’on ma forcé à manger… Enfin bref. Elle a une voix insupportable cette femme en plus, et seule une de ses trois filles a échappé à cette tare génétique (à ce niveau on peut parler de tare) Et moi je me fais chier comme un rat mort. D’après le programme télé il était censé y avoir sur TF1 une nouvelle série policière. Mais d’après les faits il y a une émission sur le foot. Pitié petits français, même si une victoire doperait le CAC40, perdez, j’ai grand besoin de sommeil… Pas de concertes de klaxon. Où alors, pitié monsieur météo, faite tomber le déluge ce soir, aux environs de 22:00, comme ça, les gens rentreront chez eux.
And dread the day when dreaming ends...
Demain est un autre jour. En temps normal j’aurais attendu 14 heures et mon grand père m’aurait déposé à la gare. J’aurais gagné Clermont et mon studio. J’aurais partagé ma semaine entre du ménage, des sorties avec Eddy, quelques entrevues avec Ion, du MSN avec des potes… Mais là je ne retourne pas à Clermont avant la rentrée et je vais devoir supporter ma langueur moins à l’étroit dans murs, mais plus à l’étroit dans mon esprit. L’esprit bridé par les obligations familiales. Vivement que je quitte cela pour des vacances et ensuite du travail. A condition que je puisse rester chez moi : je ne veux pas aller chez mes grands-parents : pas d’Internet et une grand-mère qui ne comprend pas qu’une salade suffit à me contenter quand je rentre du travail à 22:00… Espérons qu’il fera suffisamment beau pour que mon père puisse me laisser la voiture et que lui utilise une de ses motos… Espérons… Il n’y a que ça à faire… Tout le monde ne peut pas faire l’autruche et attendre la tête sous le sable que les choses passent… Moi en tout cas je ne peux pas. Et puis la tête sous le sable le cul en l’air : trop de risque de se faire enculer… Et généralement pas par le guichetier du Crédit Mutuel…
Nb. :Sven de Rennes ne sait pas bien dessiner les Jérôme ou les D*…
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