Garfield ou comment encore parler de moi à partir de l'histoire d'un autre

Publié le par Kenny

« C'est normal » c'est ainsi que ma mère marqua son accord avec le Ministère de l'Education Nationale. « Fais gaffe à tes réactions » c'est ainsi que mon mec réagit quand je lui expliquai que ma réponse à ma mère fut telle que j'ai bien failli lui en tarter une. « Je me sens si vide » c'est ce que je me disais une semaine avant cet incident…

Peut-être que le contexte aurait-il besoin d'être resitué… Journal de 13 heures de TF1. Ma mère, comme toute bonne provinciale, adore Jean-Pierre Pernaut ; pas lui directement, mais ces merveilleux reportages où l'on nous montre le dernier sabotier de Fifrelin sur Loches, charmante bourgade de 83 âmes. Pas un sabotier ordinaire. Non ! Le dernier de France à creuser ses sabots avec ses dents, et qui malheureusement va partir à la retraite. Lourde perte pour l'artisanat français. Ensuite, Jean-Pierre Pernaut nous montre un reportage sur les jeunes chercheurs diplômés à Bac+8 et qui ne sont pas capables de trouver du boulot. Sont-ils cons ces jeunes chercheurs, il n'avait qu'à faire leur apprentissage et devenir sabotier. Si si, je vous jure il y a plein de gens qui ont des réactions comme ça. J'en ai plein autour de moi. Et ce qui est génial, c'est que le journal de 13 heures de TF1 stigmatise tout ce qu'il y a de plus méprisable dans la société française. Mais je m'égare...

Ce dimanche, reportage sur Garfield. Garfield était l'auteur d'un blog et accessoirement proviseur de métier. Balancé par un de ses collègues, le ministère de l'éducation nationale l’a révoqué de la fonction publique… A vie. En effet vous ne pensez pas, ce blog étaient à caractère « pornographique » Quelle honte pour l'éducation nationale. Enfin à caractère pornographique... À caractère homosexuel plutôt. Hé oui Garfield est homosexuel. Inutile de vous dire que ce blog n'avait absolument rien de pornographique ; on y voyait tout juste des mecs en sous-vêtements, ou torse nu, tendrement enlacés. Autrement dit Garfield ne s'est pas fait révoquer pour blog à caractère pornographique mais pour homosexualité... Alors, comme le dit ma mère « C'est normal ». C'est normal « Il avait pas besoin d'aller raconter sa vie sur un blog, à tout le monde » Comme si, Maman, je pouvais croire ne serait-ce qu'une seule seconde que tu juges par rapport à son blog et non par rapport à son homosexualité. Mon Dieu, dans quelle famille suis-je tombé ? Si encore j'y étais malheureux... Mais non, même pas. J'ai juste des parents complètement homophobes qui m'empêchent de leur montrer ce que je suis ; ce que je suis vraiment... C'est tellement fatigant d'être soi. Notamment avec des parents stupides. Qu'est-ce qui m'empêche d'être moi sinon que cette insidieuse pression financière, cette trouille insurmontable de me retrouver à la rue, sans aucun contact avec ma famille. Oui car si c'était juste mes parents, ça irait, mais non... Je crois bien que toute ma famille est comme eux… Et puis il faut bien dire que je crèverais de décevoir mes grands-parents. Non, c'est vrai que je ne savais pas quoi m'en tenir à propos de ma mère... Maintenant je sais. Pour mon père, ce n'était pas dur de comprendre :

« Pourquoi t'a fait un test de dépistage, le sida, c'est une maladie de Pédé »

« Les prêtres sont tous pédophiles »

« Les pédophiles sont tous des homos »

« N'importe quoi, les homophobes n'ont pas plus risqué dans leur enfance de devenir homos. Si un jour je deviens comme cette tarlouze, tire-moi une balle dans le crâne »

 

 

 

Comme vous avez pu le comprendre, j'ai du mal à garder mon calme face aux réflexions de stupides de ma mère. Pourtant, parfois, dans le genre réflexions stupides, je m'impose, mais alors à ce point-là, une telle intolérance, même moi j'en suis incapable. Et ce n'est pas peu dire, parce que sur quelques sujets, en intolérant, je me pose. Seulement sur un sujet comme celui-là, je trouve ça tellement dégueulasse de se réfugier derrière la bonne pensée alors que ce qui est sous-entendu, c'est que l'éducation nationale a extrêmement peur d'un scandale. Bah oui, l’Education Nationale c’est un peu comme mon père (ce n'est donc pas un compliment:) tous les homos sont pédophiles, pour un proviseur, ça ne fait pas...

« Fais gaffe à tes réactions » Il n'a pas tort mon mec. Il faudrait peut-être que je veille à être un peu moins revendicatif si je veux continuer à jouer au caméléon. Il va arriver un moment où je vais me figer dans mon costume d'homo. Ils seraient tellement déçus mes vieux… Mais de toutes façons il est bien connu que le siège de toute intolérance provient de la méconnaissance. Peut-être est-ce simplement le monde homo qui leur fait peur... Il est vrai que c'est tellement plus facile de tolérer ce que je suis. Si je ne me tolérais pas moi-même... Et encore, si c'était si simple… Il y a des jours où je rêve de normalité. La normalité au sens où mes parents l'entendent... Comme si m'en sortir dans mes études (pourvu que ça dure) n'être pas totalement stupide, avoir du savoir-vivre, faire bonne figure (même avec des lourdingues comme eux) ne leur suffisait pas. Et encore j'oublie de nombreuses qualités à leurs yeux, je les respecte, je ne réclame pas, je n'abuse pas de leur portefeuille, etc. etc. etc. Eh bien non, il faut que je m'évertue à tout gâcher en étant homo. Mon Dieu, comment vais-je m'en sortir ? Je serais damné. Condamné à errer dans les limbes...

« Je me sens si vide » c'était il y a juste deux semaines. Juste une petite déprime. Petit en terme de temps, mais intense en termes, heu… D'intensité. Tout ça catalysé par une série. Une série télé. Pour n'importe quelle autre série télé, j'aurais même dit une série télé stupide. Seulement il s'agit de Queer as Folk ; à mon avis, la révélation de tout homo qui se respecte. Encore une fois, je vais resituer le contexte :

Brian aime Justin, mais ne lui a jamais dit, question de fierté. Justin à 18 ans, Brian 30. Brian s'incruste au bal de promo de Justin. Une scène magnifique. Une musique parfaite. Une émotion palpable. Même une petite larme qui coule alors qu'ils se roulent une pelle en public. On ne se refait pas, on est garçon sensible ou on ne l'est pas. Et là, alors que tout est parfait, et bien non, il faut que Justin se fassent massacrer à coups de batte de base-ball par… Un de ses camarades homophobe.

S'en est suivi un grand questionnement. Enfin, plutôt une grosse déprime. Tant de remises en question. Les homos seraient-ils destinés au malheur ? Métaphoriquement, cette série montre qu'on peut vivre le plus beau jour de sa vie, et se faire massacrer dans la seconde qui suit. Que dois je faire ? Décidé d'être enfin heureux pleinement quitte à me faire massacrer par mes parents ? (Métaphoriquement toujours) Ou alors continuer à jouer le caméléon ? Etre en quelque sorte bien propre sur moi le jour et une folasse éthérée la nuit. (Métaphoriquement toujours) De toute façon, ce serait trop facile si le problème se résumait à mes parents... Peut-être est-ce simplement une excuse. Rien ne m'empêcherait en théorie d'être « honnête » avec mes copines de fac par exemple... Eh bien non. Elles savent que j'ai : une copine [sic] (pardon Mon Cœur !!!)  qui les intrigue beaucoup d’ailleurs : j’en parle bien peu. Mis à part mes potes homos rencontrés sur le net et ma meilleure amie, pour tous les autres, je suis un caméléon. C'est pas pour rien que j'adore les reptiles...

Peut-être que c'est toi qui as raison Mon Cœur, pour vivre heureux il faut vivre en autarcie au milieu du Marais, entouré de gens qui savent que je suis homo ; des homos. Peut-être que je les comprends au final ces hétérophobes, ces homos extrêmes ; ces créatures exotiques... Ces caméléons qui restent figé dans leur costume bigarré. Peut-être que je les comprends parce que j'en viens à détester le fait de ne pas être compris...

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Publié dans Réflexions

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