**// Carnets d’Alsace _ Jour 2

Publié le par Kenny

par le Baron Kenny de Clermont – Nevers 
            Malgré l’heure tardive de notre couché, je n’ai aucun mal à émerger pour dire au revoir à Xelias, qui, n’ayant pas ce privilège d’appartenir à la caste des nobles gens, se doit de travailler pour gagner ses deniers. Il s’en va faire des repérages dans une forteresse tantôt teutonne (oh la belle allitération) tantôt gauloise. Une curiosité touristique… Véritablement trop mainstream pour recevoir un quelconque intérêt de ma part… Blue Bird sait comment on juge une ville ; on la juge à ses échoppes. Aussi décide t’il de m’emmener faire des achats. Nous nous préparons donc à une mâtinée intense, de réflexion et d’ébahissement extatique devant les élégantes devantures.
            Après un cheminement passant évidemment par le célèbre sellier Hermès, qui, après avoir fait le bonheur des vertèbres équines grâce à ses selles 100% crocodile rembourré de duvet de canard sauvage du Zimbabwe, semble désormais plus enclin à satisfaire la jument fortunée avec de la menue vaisselle monogrammée. Petit coup d’œil (et langue pendante) à la vitrine Lancel où une admirable collection de bagagerie anthracite pour messieurs attire notre attention. Il est vrai que cette petite gibecière remplacerait à merveille ma vielle sacoche informe et tâchée… Je n’y pense même pas (plus ;) la Mastercard de Kenny n’étant pas un puits sans fond… Nous continuons de flâner, en n’oubliant pas les établissements du groupe LVMH, sans qui la mode ne serait pas vraiment LA mode…
            Direction le temple du bon goût, que toute bonne grande ville de province suffisamment bourgeoise se doit d’avoir, au risque de passer pour un repère de bouseux : les Galeries Lafayette (dans le duché de Nevers, cette enseigne a fermé voilà cinq ans, cause à effet ?) C’est encore les soldes. J’y vois une jolie veste Christan Lacroix qui ressemble à s’y méprendre à ma blouse d’alchimiste (sans le logo OCP, certes) Ces créateurs nous feraient bien porter n’importe quoi si l’on n’y prenait pas garde. Heureusement que les censeurs du mauvais goût veillent au grain. Stand Gucci : non, Gucci c’est pour les parvenus. L’italien est toujours too much ; il suffit pour s’en convaincre de voir certains exemplaires de la plèbe banlieusarde avec leurs T-shirts D&G, dont seing et contreseing couvrent une étendue au moins égale à la superficie du domaine de Chambord. Autre exemple tout aussi convaincant ; après vous ne pourrez plus douter du clinquant de l’art italien. Ne trouvez-vous pas qu’il est un peu kitsch de faire reproduire par un mauvais peintre portugais le plafond de la chapelle Sixtine sur le comptoir d’un glacier italien ? Je m’égare. Stand Lacoste ; qui à notre époque peut encore porter des polos fuchsia ? Le polo crocodile, oui, passe encore. Mais non, pas le rose… Ou alors on y va à fond, on se grime avec moustache de butch et tignasse brune pour ressembler à Tom Selleck. Nous ne trouvons rien à mon goût…
            Au gré des rues étroites et fraîches nous entrons dans une enseigne cachée au fond d’un patio. Malgré un vendeur peu avenant j’ai un moment de grâce. Ô joie, ô espoir, ô jeunesse bénie, n’ai-je donc point vécu que pour ce jour exquis ? Un T-shirt Calvin Klein vert d’eau (j’adore la couleur) soldé, à ma taille. Il n’attend que moi. Je le veux ! Ce n’est pas plus compliqué que cela : je l’achète. On me l’emballe dans un joli sac rouge Christian Lacroix : comment se donner une prestance dans la rue ? Avoir un joli sac de marque à la main. Le moral des troupes remonte ; direction Gloss. Mon Dieu, c’est une cabbale, quelqu’un a placé sur mon passage tous les chiffons indispensables ; Blue Bird place entre mon regard et le sien the petit bout de tissus indispensable pour la saison chaude. Une superbe petite chemise noire en tissus léger, cintrée comme il le faut, c'est-à-dire, ni trop peu, pour que je ne ressemble pas à Bibendum en costume bouffant, ni trop, pour ne pas mouler ma panse de digne dîneur (allitération ?) Je l’achète également. D’autant plus que la philosophie du créateur me plaît :
// je ne supporte pas les téléphones portables (il tyrannise son attachée de presse)
// je ne supporte pas les hamburgers (il achète ses sandwichs 30€ à l’hôtel Costes)
// je ne supporte pas les cigarettes (il préfère les lignes de coke coupées avec son AmEx Gold)
// je ne supporte pas l’argent (il s’habille comme un sac et part en vacances sur le Machu Picchu… Au Hilton de La Paz)
 
            En route chez Zara, seul magasin strasbourgeois où tous les vendeurs de sexe masculin seraient homosexuels. De toute façon ça tombe bien, à Clermont-Ferrand il n’y à pas de Zara - Hommes (je n’y suis jamais allé en tout cas) Je n’y vois rien d’autre d’extraordinaire qu’un manteau assez bizarre, gris, dans une coupe trench, avec une grosse ceinture. Mais bon, tout le monde sait que ce genre de manteau sanglé tasse la silhouette et n’est donc pas fait pour une crevette informe comme moi qui a arrêté sa croissance à douze ans. Blue Bird essaie une jolie veste cintrée de velours marron : un prochain achat ? Trop épuisant, nous devons rentrer. Au bas du degré de bois, mon gaydar a un soubresaut d’ardeur : vendeur de la jaquette détecté.
            Retour au Squat Chic I pour quelques minutes, le temps de poser les achats, de s’abreuver et de regarder le commencement d’un divertissement sur cinémascope de salon ; Belles à mourir, que ce film est rafraîchissant. J’ai hâte de voir la suite. Pour l’heure nous partons manger au bar à sushis. Avant cela, pour se mettre en appétit, car tout le monde sait que l’appétit vient en buvant, le bar est un passage obligé pour prendre un jus de fruits un peu amélioré… Le MOOZE ouvre enfin. Mon adoubement par le sushi peut commencer. Un serveur peroxydé s’occupe de nous :
            - Vous prendrez quelque chose à boire ?
            - Un verre de Chardonnay - Non merci, rien du tout - Tu vas bien boire quelque chose
            [Barbie apporte le breuvage doré]
            - Excusez-moi, tout compte fait…
            - Vous allez prendre quelque chose [Grand sourire]
            - Oui [Grand sourire] Un Coca light s’il vous plaît
 
            Moi qui m’attendais à voir défiler devant mes yeux une montagne de poisson cru et rouge, je vois tant de choses tellement appétissantes qu’on ne sait que choisir. Comme c’est malin ces petites portions, on n’a l’impression de picorer et on ressort en se traînant comme une truie gestante. Planning culturel oblige, je me dois de visiter les toilettes de cet endroit. Si l’on occulte le fait que j’ai manqué de me fouler une cheville sur un galet poli, oui, ces lieux d’aisance sont les plus relaxants que j’ai visité de ma vie.
            Que faire en attendant la séance de 14:00 au Vox (populi) Aller boire un verre, évidemment. Car tout le monde sait que la sauce Nuoc-mâm donne soif… Nous allons voir Dance with me. Une sorte de mélange plaisant entre Esprits Rebelles et Dancing Show. Les scènes de danse sont vraiment très étonnantes. Blue Bird et moi osons quelques mots d’esprits durant le film ; un bon moment. Nous ressortons. La chaleur n’est pas si assommante que cela. Cela ne nous empêche pas de loquer le reste de l’après-midi pour regarder la fin de Belles à mourir. Puis de nous morfondre en attendant Xelias. Xelias rentre. Ce soir on m’assigne une corvée ménagère : je dois faire cuire des pâtes… Je peux enfin donner un sens à ma vie…
            Le reste de la soirée se déroule tranquillement et ce sont les pitreries des joyeux saltimbanques de Nulle Part Ailleurs qui nous endorment. Bientôt, le jour 3 : Kenny gambade telle une petite génisse gourmande parmi les hautes forêts, prends le train, boit, boit, va au Golden, boit, boit, boit… Il boit, certes, mais il s’amuse aussi beaucoup !
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Publié dans Ma petite vie

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